
Une petite bourrasque fraîche et pudique semble souffler ces derniers temps, sur la blogosphère médicale et paramédicale, depuis l’initiative de Farfadoc de créer une pétition contre la fameuse jaquette d’hôpital qui vous laisse les fesses à l’air. Plus précisément, c’est une pétition pour des chemises d’hôpital respectant la pudeur et la dignité des patients – que je vous invite tous à aller signer ! On dira peut-être que le déficit des hôpitaux implique des priorités autres que ce petit confort-là… Pour moi, c’est toute notre façon de percevoir le patient qui tient dans ces petits bouts de tissu malcommodes, et la dignité humaine n’a pas de prix.
Quand je réfléchissais à un article pour illustrer ce thème, plusieurs options s’offraient à moi. Déjà, ces fameuses blouses, je les ai vues de très près (en soins intensifs, par exemple). Et puis, les infractions à la pudeur et à la dignité du patient, ce n’est malheureusement pas ce qui manque en milieu hospitalier. J’ai été témoin de bien des choses… Je me dis que j’ai dû commettre moi aussi des impairs ; nul n’est parfait, et surtout pas moi. Je n’ai jamais laissé un patient nu sur un lit, bien sûr, mais le diable se cache souvent dans les détails ! Ce n’est que lorsqu’on est soi-même dans le lit que… Ah ! La voilà, mon idée ! Pourquoi les patients seraient-ils les seuls à être "mis à nu" ? Voici donc une anecdote issue de ma vie personnelle…
"Bah vous pouvez garder
vos chaussettes, hein."
J’étais alors toute jeunette dans la profession. J’avais la chance d’avoir effectué mes premiers stages dans des endroits respectueux de la dignité humaine, et parfois, je ne comprenais pas ces histoire de pudeur. Par exemple, mettre le patient entièrement nu sur le lit pour une toilette, alors qu’il est si simple de laver d’abord le haut puis le bas ; c’était vraiment le fait de maltraitants isolés, non ?…
Jusqu’au jour où j’ai eu de petits soucis de santé – disons typiquement féminins – qui, bien que bénins, nécessitaient de passer une échographie pelvienne et une échographie des seins pour faire bonne mesure. Bon. Une écho, c’est rien, c’est pas invasif… Je bois donc mon litre et demi d’eau (oui, cet examen s’effectue vessie pleine) et je me présente à l’heure au rendez-vous, sans appréhension particulière.
Déjà, il y a du retard. Ennuyeux quand on a la vessie pleine mais bon, je ne vais pas être râleuse, pas vrai ? On finit par me faire passer dans le petit sas, entre la salle d’attente et la salle d’examen. Et là, à ma grand surprise, on me demande de tout enlever. Tout ? "Bah vous pouvez garder vos chaussettes, hein"… Parfois, on se demande pourquoi les gens acceptent tel ou tel mauvais traitement ; me croirez-vous si je vous dis que, bien que renseignée, bien qu’ayant mené moi-même une réflexion sur la pudeur et le pouvoir de la blouse blanche… je n’ai pas osé refuser ? Là, je ne suis pas soignante, je suis patiente et j’ai ce fameux réflexe de me dire que si on me demande de me déshabiller, il y a forcément une raison ; et qu’ils "savent" mieux que moi. Me voilà donc en tenue d’Ève, j’ai gagné le droit d’entrer dans le saint des saints : la salle d’examen. Youpi.
J’ai oublié de me graduer
le ventre avant de venir,
c’est bête…
En entrant, surprise : la pièce est assez grande, le brancard et le médecin (sur son tabouret, bien habillé lui) sont contre le mur opposé. Je vais donc devoir traverser la pièce complètement nue… Un grand moment de solitude, où je ramasse ma dignité en miettes et où j’essaie de ne pas me recroqueviller en marchant, le rouge aux joues, avec un début d’envie de pleurer. Aujourd’hui encore, ça me paraît avoir duré des heures.
Heureusement que le médecin est gentil et compatissant, puisque la première chose qu’il fait, c’est… m’engueuler ! J’ai bu trop d’eau, comment veut-on qu’il fasse son examen dans ces conditions ?! Quand je lui rétorque que c’est sa secrétaire qui m’a indiqué la quantité : "Oui mais ça, c’est parce que les patientes ne sont pas compliantes ; elles ne boivent jamais ce qu’il faut, donc on dit plus, forcément !"… Ok. Donc, dans un cas comme dans l’autre, c’est de ma faute. Quelle idée d’avoir été disciplinée ! Et voilà ma punition : retraverser la salle, pour aller aux toilettes "faire la moitié"… Ben voyons ! Dire que j’ai oublié de me graduer le ventre avant de venir, c’est bête… Je vous passe le reste de l’examen mais il y aurait encore à dire ; comme, par exemple, le fait qu’il était finalement inutile d’être entièrement nue, l’examen se déroulant en deux temps.
À la fin, pendant que pourpre de honte, je me rhabille, il se met enfin en tête de me faire la conversation. Me demande ma profession, devient sympa d’un coup en apprenant que je suis élève infirmière. Ce rappel à mon statut de future soignante me permet de me réveiller, et de lui formuler ce que je me jure in petto depuis le début de cette séance d’humiliation : "Merci pour cette expérience édifiante, je sais maintenant ce que je ne veux surtout jamais faire à un patient. Je crois que vous et moi n’avons pas la même notion du respect. Bonne journée." Et je suis partie, drapée au moins d’un peu de panache !





août 19, 2012 @ 14:28:23
Ben oui, cela ne fait pas de mal de passer de "l’autre côté" ! Pour la blouse "fesses à l’air", j’ai vécu la chose bien des fois… bof ! Encore heureux que les semi-attaches soient placées derrière ; devant ça ne serait pas mal non plus !
août 19, 2012 @ 14:42:07
Idem me concernant, peut-être dans une moindre proportion mais où j’ai tout de même bien senti ce désagréable sentiment de gêne et d’irrespect. Nue comme un ver devant ma gynéco, elle me demande ensuite de la suivre dans une pièce au sous-sol. Ainsi en tenue d’Eve j’ai emprunté un petit couloir puis descendu l’escalier jusqu’à la pièce où je devais me rendre, la gynéco me devançant. Pour elle c’était naturel, elle en voit tous les jours, pas pour moi. Aussi court que fut l’instant de solitude, je l’ai ressenti.
août 19, 2012 @ 15:18:52
Il est clair que pour prendre du recul et réellement comprendre certaines choses, il faut parfois "passer de l’autre côté". (et aussi être capable de réfléchir sur sa propre pratique, ce qui n’est pas donné à tout le monde !)
Pour les blouses je pensais que l’ouverture derrière avait un côté pratique (quand il s’agit de déshabiller un patient pour lui faire sa toilette, par exemple), ce n’est pas ça ? En tout cas c’est clair que si quelqu’un avait une super idée pour remplacer ça je pense qu’il aurait la gratitude éternelle de trèèèès nombreuses personnes ! xD
août 20, 2012 @ 09:23:17
Le truc c’est que des alternatives existent déjà justement! Ces blouses ont effectivement été créés pour le côté pratique, je peux en saisir l’utilité en réa par exemple quand le patient à des tuyaux et des sacs de recueil de tous les côtés (et encore si des alternatives mieux conçues existent je pense que le respect de la pudeur à aussi sa place en réa….)par contre l’imposer à tous comme ca se fait dans certains endroit c’est de la maltraitance: à partir du moment ou un patient peut se lever et descendre boire un café pourquoi ne peut il le faire habillé??? . Le souci c’est qu’on pourrait presque tout justifier au nom du gain de temps (ex: mettre une couche à un patient continent pour ne pas perdre du temps à l’installer sur le bassin) et que les habitudes se prennent vite (moi même avant la pétition de Farfadoc je n’avais pas réellement réfléchi sur ces blouses, ça fait tellement partie du paysage tu ne les voie presque plus à force!) c’est pour ça que j’ai trouvé toute cette mobilisation géniale
août 19, 2012 @ 21:00:41
Comme soignants, nous sommes souvent surpris de notre "docilité" alors que nous devrions avoir les codes et les moyens de nous rebeller.
Bravo pour avoir su te draper avec une telle élégance dans ton panache !
août 20, 2012 @ 09:25:28
Ouf! Je ne suis pas la seule alors!
août 19, 2012 @ 21:13:29
Mince, j’ai raté ton post dans ma tentative de faire le point sur cette histoire… (http://ledocteurcouine.wordpress.com/2012/08/17/delarebellion/)
Je te rajoute dans les notes en bas de page !
août 20, 2012 @ 09:26:15
Merci pour le rajout, ce fut l’occasion de découvrir ton blog, j’aime beaucoup, j’ai bien ri!
août 21, 2012 @ 21:49:51
Chouette !