Une histoire de garage

Parfois, pour pallier au manque de matériel médical, une infirmière doit trouver des solutions assez originales : on parle alors de « bricolage »… Si seulement nous étions les seules à bricoler !

En stage en service de chirurgie, je recherche un patient à qui je dois poser une perfusion. Pour situer le contexte, le dit patient a été opéré de ce que l’on appelle une hydrocèle. L’hydrocèle, pour ceux qui ne sont pas de la « partie » (c’est le cas de le dire), est un oedème du scrotum qui se manifeste par un gonflement très important ; bref, le syndrome des « bourses en bois » si vous me passez l’expression… Je vous laisse donc imaginer où est situé le pansement ! Je ne donnerai pas plus de détails, pour ne pas perdre tout le lectorat masculin.

« Il est parti changer la roue de sa femme, il a dit de vous dire qu’il en avait pour une demi-heure. »

À ma grande surprise, le patient n’est pas dans sa chambre. Son voisin, serviable monsieur d’un certain âge, me dit alors : « Il est parti changer la roue de sa femme, il a dit de vous dire qu’il en avait pour une demi-heure ». Imaginez ma tête ! J’essaie de raisonner ce gentil patient : voyons, avec son pansement, sa perfusion dans le bras et vêtu de sa chemise de bloc fendue dans le dos, il est rigoureusement im-pos-si-ble que Monsieur soit parti faire de la mécanique… Rien à faire, le voisin n’en démord pas (et je note dans un coin de ma tête de signaler à son médecin cet effet bizarre des produits d’anesthésie, à n’en pas douter).

Bon, ok, le voisin est confus. N’empêche que le temps passe et ce patient est toujours porté disparu ! C’est alors que ma collègue remonte, goguenarde, de sa pause-clope et me dit « Linoa, il faut absolument que tu ailles voir sur le parking de l’hôpital ; on a retrouvé ton patient ». Et effectivement, sur le parking : un caleçon de bain protégeant le pansement, la perfusion dans le bras et la chemise de bloc fermée avec du sparadrap, Monsieur X a réussi à mettre la voiture de Madame sur le cric et s’emploie à changer la roue ! « Ben oui, heureusement elle était pas loin, elle a pu rouler jusqu’ici ; sinon je sais pas comment elle aurait fait ! ». Médusée, je tente bien un vague « Mais… je… perfusion… ? ». Sa réponse : « Oui oui, j’arrive de suite, hors de question de remonter avant d’avoir fini ma réparation »…

De la crasse depuis le bout des doigts jusqu’au cathéter !

J’avoue, je suis tellement scotchée que je laisse tomber ; et puis je ne vais pas le rembarquer de force, de toute façon. Mais je pense que vous visualisez l’air satisfait du pauvre voisin, que je vouais déjà pratiquement à Saint Alzheimer, quand je suis revenue pour les soins de ce patient têtu. Et lui-même, avec de la crasse depuis le bout des doigts jusqu’au cathéter ! Le pire, c’est qu’il a râlé quand je lui ai dit qu’il fallait le repiquer… Le long sermon qui a suivi, sur l’hygiène et les risques (oui, j’avais fini par me ressaisir quand même, il n’allait pas s’en tirer à si bon compte), a semblé lui passer complètement au-dessus. En tout cas, une chose est sûre : le traitement antalgique était efficace.

Et puis, ce n’est pas tous les jours qu’on peut écrire dans le dossier d’un patient « est descendu au parking changer la roue de son véhicule » !

Advertisements

1 commentaire (+ vous participez ?)

  1. bouzou
    Fév 01, 2012 @ 18:52:00

    Les petites histoires sont vraiment sympa ! La réalité dépasse toujours la fiction (l’affliction !) 🙂

    Répondre

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

copyright © linoa13.wordpress.com
Aucun élément de ce site ne saurait être reproduit sans l'autorisation expresse et préalable de son propriétaire.