Freedom

Les règles de vie en hôpital sont contraignantes, surtout en psychiatrie. On ne fume pas en chambre. On demande l’autorisation pour sortir fumer, et on a droit à tant de clopes et tant de cafés par jour. Debout à telle heure, repas à telle heure sinon on n’est pas servi, etc… L’objectif de tout ceci n’est pas, contrairement à ce que pensent souvent les patients, de les enquiquiner mais de poser un cadre, qui rassure et stabilise un individu délirant et « morcelé ».

Certains sont reconnaissants de ce cadrage et l’appliquent à la lettre. Certains tournent autour de la règle pour mieux se construire : j’arrive, mais avec 1/4 d’heure de retard ; je viens à l’activité, mais je pars avant la fin… Et puis il y a la question des sorties. Le patient respectera-t-il les horaires ? Peut-on inclure un repas et lui faire confiance pour le traitement ?

Problème crucial : la confiance

Avec ce patient, jeune adulte tendance ado, nous avions vite compris que « confiance » n’était pas de mise : sa façon de se confronter aux règles du service, c’était de les enfreindre absolument toutes ! Monsieur V. avait fini par se faire sucrer toutes ses permissions de sortie, à force de systématiquement rentrer trop tard — voire le lendemain !

Pour bien comprendre, il faut s’intéresser aux modes d’hospitalisation en psychiatrie : il y a l’hospitalisation libre (HL), demandée par le patient et qui peut s’interrompre dès qu’il le souhaite ; l’hospitalisation sur demande d’un tiers (HDT), prescription médicale qui oblige le patient à se soigner ; et l’hospitalisation d’office (HO), décidée par le Préfet et qui est la méthode la plus contraignante. Si je vous dis que ce jeune homme était en HL, vous comprenez bien l’inutilité d’une interdiction de sortie… Encore faut-il convaincre le patient de rester !

« Allô, madame Linoa ?
C’est monsieur V… »

Nous avions décidé d’interdire à monsieur V. de sortir pendant les activités thérapeutiques uniquement. Ce matin-là, il est venu me demander une autorisation de sortie seulement 15 minutes avant le début de l’activité, comme par un fait exprès (sûrement par un fait exprès, d’ailleurs). Et c’est reparti : interdire, expliquer, rappeler le cadre…

Il est reparti tout boudeur, sans son autorisation de sortie, moi toute fière de ma fermeté. Puis je l’ai vu repasser en sens inverse, paquet de clopes à la main ; mais à l’heure de l’activité, pas de trace de lui ! C’est à ce moment-là que le téléphone a sonné, et c’était pour moi : « Allô, madame Linoa ? C’est monsieur V… Je suis au centre-ville ! »… Et il a raccroché.

Monsieur V. est revenu, juste après la fin de l’activité. J’ai trouvé cette façon de se confronter à la règle absolument géniale ! Et vous, qu’en pensez-vous ?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

copyright © linoa13.wordpress.com
Aucun élément de ce site ne saurait être reproduit sans l'autorisation expresse et préalable de son propriétaire.