Une histoire de handicap

Mon article sur « Intouchables » m’a donné envie de partager avec vous une anecdote qui remonte au tout début de mes études. J’étais dans un service de maintien à domicile des personnes handicapées.

Ce premier contact était difficile pour moi car le handicap est un univers à part et, je l’avoue, un peu effrayant de prime abord… Les corps si abîmés et déformés, qui pourtant abritent des esprits vifs (d’où un sentiment de rejet au début, même si j’ai un peu honte de l’admettre) ; le matériel qui me remplissait d’appréhension ; la difficulté à communiquer avec le patient… D’autre part, les personnes handicapées sont des patients qui se connaissent bien, qui ont l’habitude d’être aidés. Ce n’est pas toujours évident quand on ne connaît pas leurs habitudes et qu’on débute, parfois maladroitement, dans les soins.

Problèmes de communication

L’infirmier qui m’encadrait préparait ce patient pour la journée (toilette, installation…) et c’était assez impressionnant à voir, ce travail d’équipe bien rôdé. Le soignant faisait la moitié du travail et le soigné, l’autre moitié. La débutante que j’étais se tenait à côté comme une quiche, empruntée au possible : de temps en temps, je trouvais quelque chose à faire pour me donner l’impression de ne pas être qu’une parfaite potiche – vider une bassine, tirer sur une manche – tout en me tapant des barres d’angoisse à l’idée qu’on me demande d’utiliser le lève-malade.

En arrivant, je m’étais présentée au patient qui ne m’avait guère répondu et qui, je le reconnais, me faisait un peu peur. Les membres déformés, les yeux révulsés, le filet de salive et la difficulté à articuler… Comme beaucoup de personnes, je me demandais si j’arriverais à communiquer et si ce patient était également atteint au niveau de son intelligence. Quand j’y repense, quelle imbécile j’étais de croire que l’aspect extérieur peut faire présumer de l’intellect de quelqu’un !

« Tu sais, faut que tu
ailles à ton rythme. »

À la fin du soin, j’ai voulu aider à mettre les chaussures du patient, des chaussures orthopédiques qui avaient une apparence « douloureuse » en quelque sorte. Cela s’est-il vu sur mon visage, ou était-il particulièrement observateur à force de vivre en marge des valides ?

« Attends, Linoa… C’est ton premier stage, non ? Je m’en doutais ; j’ai l’habitude des élèves, à force. Ça fait un peu peur, tout ça, c’est pas facile pour toi… Tu sais, faut que tu ailles à ton rythme. » Le soin relationnel, c’est lui qui le faisait ! Et le souci de communication a fondu comme neige au soleil ; comme s’il m’avait fallu ça pour réaliser qu’en face de moi se trouvait une personne, quelqu’un d’intelligent, plein d’humour et de bienveillance. Quelqu’un avec une histoire, un passé, des projets – bref, une vie !

Pendant les jours qui ont suivi, plus qu’à un patient, j’ai eu affaire à un professeur et ça m’a été précieux pour m’améliorer, avec un point de vue « de l’intérieur ». Son évaluation de mes progrès, le dernier jour, je l’attendais et la redoutais autant que la note de l’équipe de soin. Ça n’a pas changé que ma vie professionnelle mais aussi mon regard, et ce pour toujours. Un exemple tout bête : quand je croise une personne en fauteuil roulant dans la rue, plus jamais je ne détourne mon regard d’un air gêné. Maintenant, je souris.

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2 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. Les Chroniques d'Esculape
    Avr 01, 2012 @ 12:39:52

    Très bel article, comme beaucoup sur ce blog, mais celui-ci m’a particulièrement touchée. 🙂

    Répondre

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