Les pieds nickelés au don du sang

Pour une fois, sortons du cadre de l’hôpital : l’anecdote d’aujourd’hui est issue de ma vie privée… Mais pour autant, pas sans rapport avec le médical.

J’avais décidé, comme régulièrement, d’aller donner mon sang quand j’ai reçu un texto de l’EFS avertissant, justement, d’une baisse des stocks en-dessous du niveau critique. Autant faire ma bonne action jusqu’au bout, en motivant plus de monde !

En premier lieu, j’ai jeté mon dévolu sur Petit Mari, jusque-là bien tranquille dans le canapé et qui n’avait jamais donné son sang. Il n’était pas spécialement opposé à l’idée mais pas très motivé, non plus. Je lui ai donc cassé les… pieds, un bon moment, jusqu’à utiliser l’argument ultime : une amie avait été transfusée il y a peu ; n’étions-nous pas contents que la générosité de certains lui ait sauvé la vie ? Ne nous devions-nous pas d’être généreux à notre tour ?… Gagné ! Le voilà qui enfile ses baskets à contrecoeur. Quoi ? Non, non, il n’a pas peur… Juste la flemme, voyons.

Méga-phobie hospitalière

Puisque nous y allons ensemble, j’ai alors l’idée folle de proposer cette sympathique sortie à ma copine Sally… Là, le challenge est nettement plus difficile car celle-ci a une énorme-méga-phobie hospitalière des chaumières ! Tout est difficile pour Sally, même une simple radio. J’ai moi-même un gros passé de phobique des aiguilles (eh oui !) et cela fait quelque temps qu’elle aimerait que je l’aide à affronter sa peur, alors… Je lui téléphone ; un léger blanc puis, gagné encore ! elle décide de nous accompagner.

Quand on arrive, la pauvre Sally commence à virer au vert : la salle des fêtes de notre village semble bien différente, avec tous ces brancards. Un côté « hôpital de campagne » qui ne choque plus la fille-désormais-blasée que je suis mais là, je peux voir la scène au travers des yeux agrandis par l’effroi de ma phobique de copine…

Un bref coup d’oeil du côté de Petit Mari me rassure à son sujet ; il se dirige vers l’entretien médical, détendu et affichant un sourire confiant. Je décide donc de rester auprès de ma copine pour la rassurer. On voit le médecin (qui est contente de papoter avec la toute jeune infirmière que je suis) et on s’installe sur deux brancards voisins.

J’avoue, même moi j’ai toujours un petit pincement en voyant arriver l’aiguille, mais je m’efforce d’afficher une belle impassibilité pour Sally. En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, me voilà installée, à remplir consciencieusement ma petite poche de sang.

« Tu m’emmerdes,
avec ton bilan ! »

Sauf que, quand le tour de Sally arrive, ça commence à se gâter : après avoir passé l’entretien médical avec le sourire (crispé, mais sourire quand même), s’être assise sur son brancard comme un bon petit soldat, au moment de s’allonger (donc de se rendre vulnérable ?) c’est la panique ! Elle refuse ; l’infirmière, très douce, insiste gentiment. Sally finit par le faire mais une fois allongée… elle éclate en sanglots ! « Non mais, je pleure mais tooouuuuut v- v- va b- b- biiiiieeen ! Vous p- p- pouvez y alleeeeeeer ! »… en pleurant de plus belle !

L’infirmière refuse, bien sûr ; elle la fait se rasseoir, parle longuement avec elle. Elles finissent par se mettre d’accord pour faire une simple prise de sang, histoire de ne pas rester sur un échec et pouvoir, peut-être, aller plus loin la prochaine fois. (Pendant ce temps, j’avais fini mon don, moi !) La « piqûre » se déroule sans encombre mais au moment de faire valider le bon par un médecin, un remue-ménage – jamais de bon aloi dans une salle de soins – se déclenche à l’autre bout de la pièce. L’infirmière qui s’est occupée de Sally se fait rabrouer par le médecin : « Tu m’emmerdes, avec ton bilan ! »…

Comment peut-elle dire ça devant Sally, pour qui ce tout petit tube a représenté un effort surhumain ? Devant cette infirmière qui a déployé des trésors de patience et de diplomatie ? Je me redresse pour voir ce qu’il se passe et je comprends instantanément : apparemment, l’un des patients a fait un gros malaise ; ça doit être quelque chose d’assez inhabituel, pour justifier le médecin et les deux infirmières en train de s’agiter… autour d’un brancard… dont dépassent les baskets de mon mari !!!

Tout se met à tourner
autour de moi.

En un quart de seconde, je passe de la position allongée à debout… Juste après un don de sang. Dans une pièce surchauffée. Mais que c’est intelligent, madame l’infirmière ! Tout se met à tourner autour de moi pendant qu’au bout de la pièce, le malaise devient crise de tétanie : le corps entier crispé, raide comme une planche, les mains fermées en serres et la respiration sifflante… Je peine à reconnaître Petit Mari, d’habitude si détendu, d’une santé de fer et que je n’ai jamais vu si pâle !

Pas le temps de m’apesantir sur le sujet, car l’infirmière qui s’occupe de moi me tombe dessus ! Elle est furieuse et m’enguirlande : j’aurais pu tomber, elle aurait été responsable. Elle m’ordonne d’aller m’asseoir pour boire quelque chose, me reprend de volée chaque fois que ma tête se tourne vers le brancard de mon mari : interdiction de s’en approcher.

Ben voyons ! Je suis peut-être au bord du malaise mais je suis encore capable de me mettre en colère ! Si c’était un membre de sa famille, elle-même irait-elle boire un café ? Avant que la situation s’envenime, le médecin règle l’altercation en venant me chercher : « Elle est où, la petite infirmière ? ». Elle m’a préparé une chaise auprès de mon amoureux… Gentillesse qui me touche, jusqu’au moment où je comprends qu’elle a surtout l’intention de me donner un cours de médecine. J’ai « de la chance, cette complication est rare » ! Elle-même n’a pas vu ça depuis son internat : « Regardez la position caractéristique en mains d’accoucheur, c’est très intéressant »…

Blacklisté définitivement

Intéressant, ça l’est… ou plutôt, ce le serait si j’étais en stage ! Mais quand c’est l’amour de votre vie qui souffre sur le lit, ça fait peur, c’est insupportable. Et dans ce cas, c’est culpabilisant ! Me voici au bord des larmes ; au point de ne même pas voir Sally, traumatisée, s’éclipser hors de la salle : ce n’est pas demain la veille qu’elle reviendra donner son sang ! Quant au médecin, elle est médusée : « Ben alors, faut pas paniquer comme ça ! Comment vous faites, en service ? ». Sauf qu’on n’est pas dans mon service…

De toute façon, je vais avoir tout le temps de me calmer ; la crise met si longtemps à partir qu’on fait la « fermeture » de la salle ! Quand, enfin, ça s’arrange, les lieux sont vides… Tout le matériel a été remballé, à l’exception du brancard de Petit Mari. On nous raccompagne gentiment – tout en nous spécifiant que mon époux est définitivement blacklisté.

Ouais ben, j’irai toute seule donner mon sang, la prochaine fois… avec des lunettes noires !!!

[EDIT. 29/09/2012] Finalement, 5 mois après, Sally a vaincu sa phobie : elle est retournée donner son sang et s’en est sortie comme un chef. Félicitations !

9 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. Céline
    Avr 15, 2012 @ 10:00:40

    Mouahahahaha ! Mais c’est juste ENORME !!! Je n’avais retenu que la partie « Petit Mari fait une crise de tétanie », mais pas toute l’histoire avec Sally ! Bon du coup figure-toi que moi qui essayais de me motiver pour tenter le coup un jour, cette aventure m’a un peu refroidie… Je sais que je suis hyper émotive et risque de tomber dans les pommes mais ça ne me fait pas peur, c’est plus la crise de tétanie qui m’angoisse ! Ceci dit j’aimerais bien arriver à passer le cap quand même, un jour. Peut-être avec toi, si tu as encore le courage d’y aller avec un boulet. 😉

    Répondre

  2. Linoa
    Avr 15, 2012 @ 10:43:32

    Argh, c’est pile ce que je craignais en publiant cet article: faire une mauvaise pub au don du sang! Mais si, ça va bien se passer on ira ensemble, je donnerai un faux nom c’est tout 🙂

    Répondre

  3. bouzou
    Avr 15, 2012 @ 17:22:59

    C’est vrai que j’en ai vu tomber de gros balèzes au don du sang ; ça ne se commande pas ! Pour rester dans l’ambiance je vais vous mettre une belle petite photo sur Facebook de ce que l’on me fait 2×3 par semaine : même pas mal ! 😉

    Répondre

    • Linoa
      Avr 15, 2012 @ 18:13:27

      Oui, forcément on doit vous faire marrer avec nos peurs de fillettes pour des aiguilles ridicules par rapport aux « pieus » qui sont utilisés en dialyse!!!

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      • bouzou
        Avr 15, 2012 @ 18:29:43

        Non, je confirme qu’il n’y a pas de règles ! Il y a aussi des personnes très douillettes en dialyse qui hurlent avant même qu’on les piques ! Bon, c’est une question d’habitude, à la longue la peau devient assez insensible ! Il est vrai aussi que quand il s’agit de « nécessité majeure » on devient vite « raisonnable » ! 😉

  4. Pezito
    Avr 16, 2012 @ 08:37:27

    Moi ce que j’aime pas, c’est à la fois la taille de l’aiguille et le fait qu’on nous pique dans le creux du bras… Autant mes années de désensibilisation aux allergies, avec une piqûre dans l’épaule par semaine, m’avaient « tanné le cuir » ; autant les prises de sang et surtout le don de sang, ça pique dans un endroit qui me rend facilement… émotif. xD

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  5. Barber
    Avr 25, 2012 @ 17:55:22

    Il n’est pas facile de se maîtriser. Sauf si on est habitué : par caractère ou… par habitude (ancien donneur de sang).
    Et si on « tient le coup », l’ambiance ne se prête pas forcément à la zen attitude : on regarde alentour, le décor n’est pas terrible, l’air est souvent surchauffé et les « incidents » prennent plus d’ampleur.
    Mais c’est bien d’avoir tenté l’expérience.

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  6. GRILLON
    Oct 10, 2012 @ 16:30:51

    Si vous êtes à Paris, allez donner votre sang à l’hôtel Dieu, le médecin responsable de l’accueil est plein d’humour et d’humanité.

    Répondre

  7. Lazuli66
    Jan 15, 2013 @ 18:29:38

    Gros fou-rire à la lecture de la dernière phrase.

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