Lèse-majesté

Quand, dans un service, il y a un médecin pédagogue, ça finit toujours par se savoir. C’est une info qui se passe sur les bancs de l’école d’infirmières : celui qui explique, qui prend le temps. Celui qui se pose sur un coin de table dans l’office, pour vous faire un croquis rapide du coeur ou de l’estomac ; celui qui va chercher l’élève du service dès qu’il s’apprête à faire quelque chose qui sort de l’ordinaire. Oui, un tel médecin se remarque… car ce n’est pas la règle générale, hélas !

Le médecin du service de pédiatrie où j’ai fait un stage, c’était un médecin comme ça. Un marrant, qui voulait être tutoyé même par les élèves. Autant dire que, quand il me demandait un service, je me serais mise en quatre pour faire du bon boulot ; même si c’était un truc que je n’avais pas envie de faire.

Insectes à ses yeux,
nous rasons le mur
quand il traverse le couloir.

Un exemple ? Un matin, à la visite (moment où le médecin voit tous les patients du service), il m’a demandé de bien vouloir appeler le docteur Modeste, chef de service du  bloc opératoire. En effet, il s’apprêtait à aller voir un petit garçon opéré la veille par ce chirurgien ; autant grouper les visites pour n’ouvrir le pansement qu’une seule fois. C’était logique mais immédiatement, une floppée de papillons se sont envolés dans mon ventre… Le docteur Modeste appartient à l’autre catégorie de médecins, et sa réputation en tous lieux le précède. Les infirmières ont peur de lui ; quant aux élèves, insectes à ses yeux, nous rasons le mur quand il traverse le couloir… Ma main tremble donc un peu, quand je décroche le téléphone du service :

« – *bobom bobom bobom* Allô ? Docteur Modeste ? Ici la pédiatrie. Le Docteur Gentil s’apprête à commencer la visite, et voudrait savoir si vous vouliez passer voir le pansement de l’opération d’hier. »
« – Qui est à l’appareil ? »
« – *bobom bobom bobom* Linoa, Monsieur, élève inf… »
« – … Hm, c’est ce qu’il m’avait semblé. Vous irez dire à Gentil que Moi, ce n’est pas l’élève qui m’appelle. Ni l’infirmière. C’est directement le pédiatre. »

Sur ce, il me raccroche au nez ! Et, vexé de mon impudence, il ne viendra pas de la journée voir son patient… Comme dirait l’autre : « Si un jour, j’oublie que je ne suis qu’une m***e, vous serez gentil de me le rappeler ! »

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4 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. Céline
    Mai 03, 2012 @ 08:00:52

    Je suis toujours estomaquée par la bêtise de certains médecins (ce n’est pas la première fois que tu me racontes des anecdotes de cette trempe). Je crois que chez les médecins, les cons sont particulièrement cons…

    Réponse

  2. Linoa
    Mai 03, 2012 @ 09:50:13

    En fait, je crois que l’énorme stress auquel ils sont soumis ET le fait d’être bon (quand on est un chirurgien talentueux, ça aide à se prendre pour Dieu…) fait qu’ils se sentent autorisés à ce genre de comportement. Et encore : les infirmières pour lui existent à peine, on est assez tranquilles… Je te laisse imaginer comment il traite ses internes… Enfin, heureusement il n’y a pas que des médecins comme lui mais aussi d’autres, comme le gentil pédiatre de mon histoire ! Après, j’ai l’impression que c’est aussi une question de génération ; les jeunes médecins sont plus cool et respectueux du « petit personnel ». Certains « vieux » médecins sont adorables mais dans un style plus paternaliste, en quelque sorte (en clair, ceux qui t’appellent « mon petit »)…

    Réponse

  3. Heidi70
    Mai 03, 2012 @ 14:08:36

    je trouve dingue la prétention de certains… et souvent, ce ne sont pas les meilleurs médecins qui sont le plus imbus d’eux-mêmes…

    tout autre sujet: je t’ai tagguée sur mon blog pour un petit jeu, 11 questions à répondre… libre à toi d’y participer ou pas! 😉
    bises

    Réponse

  4. bouzou
    Mai 03, 2012 @ 15:59:22

    J’ai connu, il y a au moins 25 ans, lors d’une de mes premières hospitalisation pour une biopsie de l’un de mes reins (et découverte de mon insuffisance rénale), l’un de ces prétentieux « connard » ! C’était lors de la tournée des patients de ce « Mandarin » (avec manteau négligemment porté sur les épaules) entouré de tout son staff d’internes et d’infirmières. Arrivé au pied de mon lit, il s’est emparé de mon dossier et a pompeusement déclaré : « Ah, voici la glomérulonéphrite focale ! » Ce à quoi, sans me démonter, je lui ai rétorqué, en le fixant droit dans les yeux : « La glomérulonéphrite, elle s’appelle Daniel Bouzou ! » Temps mort ! Léger malaise du ponte et, je dois l’avouer, quelques sourires au sein de l’état major ! Inutile de dire que ce « connard » a été tout miel à mon égard pour la suite de sa visite ! Pas mécontent de l’avoir mouché ce jour là !

    Réponse

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